Retour aux affaires après une -longue- période de silence !
Représenter un virus, ce n’est pas une chose facile. Déjà, et contrairement aux bactéries, les virus ne sont pas visibles en microscopie optique (le microscope que tout le monde a déjà utilisé au collège ou au lycée). Pourquoi ?
Le pouvoir séparateur, c’est à dire la capacité de l’instrument à distinguer deux détails fins, par exemple deux points proches, du microscope optique est de 200 nm (c’est à dire que si la distance qui sépare nos deux points est inférieure à 200 nm, le microscope ne les distinguera pas et au final nous verrons qu’un seul point), et encore, il faut avoir des optiques de très bonne qualité. Or un virus, c’est en général nettement plus petit que 200 nm : le plus gros virus jamais découvert, le Mimivirus, a une taille de 400 nm, mais un virus courant, comme le virus de la grippe, fait lui entre 80 et 120 nm. Alors, comment peut-on observer les virus ?
Là où le premier microscope optique est né au XVIIème siècle, il faudra attendre 1939 pour enfin observer le virus de la mosaïque du tabac au microscope électronique. Un microscope électronique, c’est une espèce de machine qui utilise un faisceau d’électron pour illuminer un échantillon. Le pouvoir séparateur est nettement meilleur, de l’ordre de 1 nm, mais la technique est nettement plus onéreuse et récente.

Virus Ebola au microscope électronique (Centers for Disease Control and Prevention)
On peut aussi, mais la c’est encore plus récent, utiliser la cristallographie aux rayons X. Il faut tout d’abord réussir à cristalliser ce qu’on veut observer, ce qui avec les virus n’est pas quelque chose d’aisé. On place ensuite ce cristal dans la machine qui grâce à certaines propriétés des rayons X qu’on envoie sur le cristal, pourra révéler la structure à un niveau très précis, à un niveau atomique (on voit les détails jusqu’aux atomes qui composent la matière). Les données sont ensuite traitées par informatique, et l’ordinateur sort alors la structure de ce que l’on observait.

Structure d'un Rhinovirus (virus du rhume) après passage aux rayons X
Bien, on sait globalement comment voir des virus… Mais on a tous en mémoire des représentations en couleur. Les virus ont-ils des couleurs ? Et bien non. Avoir une couleur, ça veut dire absorber une partie du spectre lumineux visible et en réémettre une partie, de la couleur que l’on peut ensuite voir. Or le spectre lumineux s’étale globalement entre 800 et 400 nm de longueur d’onde (ces valeurs dépendent des personnes, certaines sont sensibles à un plus large intervalle, d’autres non). Mais si on se souvient, les virus ont une taille généralement inférieure à 200 nm ! Ils sont tout simplement plus petits que les longueurs d’onde du spectre lumineux visible, et n’ont donc pas de couleur. Les représentations que l’on peut voir dans les journaux scientifiques ou autres sont tous simplement faits en fausse couleur soit pour souligner des détails, soit pour simplement attirer l’œil du lecteur.

Représentation classique de virus pour la presse (Sebastian Kaulitzki - Dreamstime.com)
Tout ça pour en arriver à l’œuvre d’un artiste très intéressant, Luke Jerram. Il estime en effet que la couleur biaise la représentation qu’a le public des virus, c’est pourquoi il a choisi de représenter des virus (et une bactérie) en verre totalement transparent, sans aucune couleur. Ses sculptures ont été réalisées avec l’aide de virologistes de l’université de Bristol (Royaume-Uni). Admirez !

Virus du SRAS vu par Luke Jerram

HIV (virus du SIDA) vu par Luke Jerram
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Sources :