Ma très chère Nÿd (son blog) m’a demandée, il y a de ça quelques temps et demande réitérée récemment, pourquoi l’éternuement était plus facile, voir provoqué, lorsqu’on était exposé à une lumière vive.
L’observation du phénomène n’est pas nouvelle. Déjà Aristote (né en 384 av. J.-C., décédé en 322 av. J.-C.) le mentionnait dans ses « Problèmes » (livre XXXIII). Pour lui la réponse était simple, c’est la chaleur du soleil qui provoque l’éternuement, car il dessèche et qu’il faut bien éliminer la vapeur d’une manière ou d’une autre.
Il est évident que tout ceci ne tient pas debout face à notre œil expert du XXIème siècle ! Une autre théorie, nettement plus raisonnable déjà, stipule que l’œil exposé à une trop grande lumière induit une plus grande libération de larmes pour l’humidifier. Or les larmes s’évacuent naturellement dans le nez (c’est pour ça qu’on renifle quand on pleure un peu trop -gros chagrin d’amour-) ce qui pourrait alors l’irriter et déclencher l’éternuement.
Pas mal comme hypothèse, mais le phénomène ne se déclenche que quelques secondes après l’exposition à la lumière… Derrière ce phénomène en apparence anodin se cache en fait un syndrome clinique : le réflexe photo-sternutatoire. Déterminé génétiquement, il concernerait 18 à 35 % des humains selon les études, et se transmet de façon autosomique dominante, c’est-à-dire qu’un enfant dont un des parents est atteint à 50 % de chance au moins de l’avoir, si les deux parents sont atteints, ça monte à au moins 75 %. D’où son nom plus scientifique, l’ACHOO (Autosomal dominant Compelling Helio-Ophthalmic Outburst) syndrome.
Sa cause physiologique est mal connue à l’heure actuelle . Il faut dire que les travaux n’abondent pas ! Une simple recherche sur PubMed (la base de données bibliographique de référence pour les sujets médicaux) ne nous donne que 13 articles dont le premier date de 1984… Mais divers éléments laissent à penser qu’il s’agirait d’une anomalie congénitale (donc génétique) du nerf trijumeau, un des nerfs crâniens qui innerve de façon motrice outre la bouche et l’oreille, l’œil et le nez, et serait impliqué dans le phénomène d’éternuement. Il se trouve qu’une hyperstimulation du nerf optique, celui-là même qui apporte ce qu’on voit au cerveau, pourrait provoquer un léger dommage collatéral au nerf trijumeau qui déclencherait alors le phénomène d’éternuement.

Le nerf trijumeau inverve toute la face et la bouche...
Comment ? En fait, lorsque trop de lumière arrive à la rétine, celle-ci envoie en proportion une grande quantité de signaux au cerveau qui réagit alors en ordonnant la contracture de la pupille. Tout ceci bien évidemment s’effectue sans contrôle conscient et constitue un arc réflexe. Or à cause de l’anomalie, une partie du signal électrique est dévié vers le nerf trijumeau qui le véhicule alors jusqu’au cerveau. Ce dernier interprète cela comme une irritation du nez, provoquant alors l’éternuement.
Les personnes qui en sont victimes savent bien comment faire pour l’éviter : le port de lunettes de soleil (des vraies, pas de simples verres teintés, j’y reviens après) suffit généralement à prévenir ces bruyants signes d’anomalie génétique, en particulier en voiture où ils peuvent être gênants. Il y a quand même une classe de personne chez qui ça peut être dangereux… Les pilotes de chasse ! L’armée américaine s’y est d’ailleurs intéressée dans une étude datant de 1993 (voir les sources)…
Retour sur les verres teintés : Les lunettes de soleil, que l’on achète chez tout bon opticien ou magasin sérieux, sont teintés pour diminuer l’intensité de la lumière incidente mais également opaques aux rayons ultraviolets nocifs pour la rétine. On peut trouver, sur le bord des plages, chez des vendeurs à la sauvette, etc. des verres qui sont simplement teintés et qui ressemblent donc parfaitement à des lunettes de soleil. Oui mais voilà, bien qu’ils diminuent l’intensité de la lumière qui nous arrive sur la rétine, ils ne protègent pas des UV. Pire même : par un réflexe normal, la pupille s’ouvre (vu qu’elle reçoit moins de lumière) et capte donc plus de rayons UV qui vont aller méchamment frapper la rétine… À éviter donc à tout prix !
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Sources :
- Breitenbach RA, Swisher PK, Kim MK, Patel BS. (1993) The photic sneeze reflex as a risk factor to combat pilots. Mil Med. Dec;158(12):806-9.
- Smith R (1990) Photic sneezes. Br J Ophthalmol. 1990 Dec;74(12):705.
- Karen Schrock (2008) Looking at the Sun Can Trigger a Sneeze. Scientific American